Un mandat de sept ans pour tenir ses promesses ?
Interrogé sur les attentes non satisfaites des Gabonais — en particulier l’accès à l’eau et à l’électricité — Oligui Nguema a réclamé de la patience. « Mon projet de société repose sur sept ans », a-t-il rappelé, promettant la livraison de plusieurs centrales thermiques, pour lesquelles plus de 800 milliards de francs CFA ont été investis, d’ici juillet 2027. « On sortira des problèmes de délestage », a-t-il assuré. Des déclarations qui n’ont pas encore dissipé les doutes d’une population qui attend depuis longtemps.
FMI et économie : l’heure de la clarification
Sur le front macroéconomique, le président a confirmé qu’un accord avec le Fonds monétaire international sera signé « vers la fin de l’année ». Il a expliqué avoir exigé un audit préalable de la dette du pays, dont le montant fluctuait entre 7 500 milliards et 8 milliards de francs CFA selon les sources, retardant ainsi les négociations. Face aux prévisions de la Banque africaine de développement tablant sur une croissance de seulement 2,6 %, nettement en deçà des hypothèses de sa loi de finances, le président a balayé les inquiétudes d’une formule provocatrice, citant Omar Bongo Ondimba : « Les chiffres ne nourrissent que ceux qui vivent avec les chiffres. »
Souveraineté économique : le manganèse comme ligne rouge
L’un des dossiers les plus sensibles reste celui du manganèse, exploité par le français Eramet à Moanda. Oligui Nguema a réaffirmé son intention d’interdire l’exportation du minerai à l’état brut à l’horizon 2029, afin de forcer sa transformation locale et créer des emplois. Il a indiqué qu’un accord en ce sens avait été trouvé en présence du président Emmanuel Macron. Mais le ton reste ferme : « Si rien ne transforme en 2029, le manganèse ne sortira pas. »
Cette posture s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté économique, qui a notamment conduit au rachat de la compagnie pétrolière Assala. « Nous sommes désormais producteurs numéro un de notre propre pétrole », s’est-il félicité.
France : visite d’État et normalisation
Le président a confirmé une visite d’État en France prévue le 20 juillet. Il a décrit des relations « au beau fixe » avec Paris, précisant que c’est la France elle-même qui a demandé le retrait de ses soldats du camp de Gaulle, lequel sera renommé et transformé en centre de formation gabonais. « Le nom général de Gaulle ne va plus exister. Ça rappelle des souvenirs de la coloniale », a-t-il lâché.
Migrants américains, détenus politiques, réseaux sociaux : les questions qui fâchent
Sur la demande américaine d’accueil de migrants expulsés des États-Unis — à laquelle le Ghana et le Rwanda ont acquiescé — Oligui Nguema a été catégorique : « Je ne les ai pas acceptés. Le Gabon n’est pas prêt à signer cet accord. » Une position ferme à l’égard de son « ami à la cravate rouge », Donald Trump.
Concernant l’emprisonnement de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, accusé d’escroquerie dans une affaire remontant à 2008, le président a nié toute ingérence, comparant la situation aux condamnations de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en France. « Quand c’est chez vous, on dit que c’est la séparation des pouvoirs. Quand ça arrive en Afrique, vous nous jetez la pierre. »
Sur la suspension des réseaux sociaux depuis février, qu’il attribue à une décision autonome de la Haute Autorité de la Communication, il a promis une réouverture après adoption d’un cadre légal par le Parlement, assortie de sanctions contre les abus.
Quant aux accusations de torture portées contre lui devant la justice française, il a répondu : « J’attends la preuve. Je n’ai vu aucune preuve. Quelqu’un qui a fait un coup d’État sans effusion de sang ne va pas se mettre à torturer les gens. »
« Il n’y aura pas de dynastie Oligui »
La dernière question, sur les limites de mandats, a peut-être livré la déclaration la plus forte de l’entretien. Invoquant sa crainte de Dieu et son attachement à la Constitution qu’il a lui-même fait rédiger, le président a affirmé avoir inscrit l’intangibilité de la limitation des mandats dans la loi fondamentale, allant jusqu’à interdire à l’enfant d’un président de lui succéder directement. « S’il y a une dynastie Bongo, il n’y aura pas de dynastie Oligui. Vous pouvez en être sûr. »
Des mots forts, à l’épreuve du temps et des urnes.







