Un jour de juin, peu après midi, dans son cabinet de la Sablière, Me Thierry Nguia prend la parole devant la presse. Il ne hausse pas le ton. Il ouvre son dossier, cite ses articles du Code de procédure pénale, déroule les étapes de l’instruction qu’il juge irrégulièrement. Depuis le 15 avril 2026, cet avocat d’une quarantaine d’années est l’une des voix qui présage la défense d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre d’Ali Bongo et deuxième de la présidentielle d’avril 2025, incarcéré à la prison centrale de Libreville.
Peu de Gabonais connaissaient son nom il ya un an. Inscrit au barreau depuis plus de quinze ans, Nguia s’est fait une place dans le droit des affaires, loin des projecteurs. Son Cabinet Nguia, installé à Libreville avec une antenne ouverte à Port-Gentil, travaille surtout sur le contentieux commercial, du droit du travail, des questions réglementaires. Une clientèle d’entreprises, des dossiers techniques, une casquette de correspondant gabonais d’un réseau international d’avocats spécialisés en droit social. Rien qui prépare aux caméras.
C’est ce bagage de procédurier qu’il applique aujourd’hui au dossier le plus politique du moment. Sa ligne tient en un mot : prescription. Les faits reprochés à Bilie-By-Nze, une affaire d’escroquerie et d’abus de confiance portant sur cinq millions de francs CFA, remonteraient à 2008. Dix-huit ans. Passé le délai légal, plaide-t-il, ni le procureur ni le juge d’instruction ne peuvent plus durer. Autour de cet argument, il en empile d’autres : incompétence de la chambre d’accusation, absence d’audition au fond, demandes de mise en liberté rejetées sans motivation sérieuse.
Un collectif, une voix qui porte
Nguia n’est pas seul. La défense de l’ancien Premier ministre repose sur un pool d’avocats gabonais où figurent Me Gisèle Eyue Bekalé, conseil historique de Bilie-By-Nze, Me Jean-Paul Moubembé, Me Sarah Ognyane et Me Karelle Obame, rejoints par Me Arthur Berken, du barreau de Paris. Dans ce groupe, c’est souvent lui qui affronte les micros. Le 5 juin, il alerte sur les conditions de détention de son client, décrivant une « cellule aveugle » et un homme au « moral d’acier » dont l’état l’inquiète. Le 17 juin, il requalifie l’affaire : pas un litige privé selon lui, mais un dossier monté pour écarter l’opposant et compromet son éligibilité.
Le calendrier judiciaire ne joue pas en sa faveur. Le 15 mai, la chambre d’accusation a confirmé le maintien en détention et rejeté la demande de liberté provisoire. Nguia change alors de terrain. À la mi-juillet, quelques jours avant la visite officielle de Brice Clotaire Oligui Nguema en France, il porte l’affaire au micro de RFI et interpelle Paris, qu’il présente comme un partenaire du Gabon mais aussi comme un membre du Conseil de sécurité tenu de regarder l’état des libertés. La manœuvre est assumée : internationaliser un contentieux interne au moment précis où le président gabonais déroule son agenda parisien. Paris, comme Libreville, s’en tient à sa ligne : la justice gabonaise ne se commente pas de l’extérieur.
D’Akanda aux prétoires
L’homme n’est pas tombé dans la politique par hasard. Originaire du Haut-Ogooué, il vit depuis plus de dix ans à Akanda, cette commune du nord de Libreville née en 2013. En septembre 2025, il s’y présente comme candidat indépendant sur le siège unique du 2ᵉ arrondissement, tête de liste aux locales. Son programme parle de développement communal et de gestion publique plus rigoureuse. « C’est la force de mes convictions qui m’a poussé à quitter la relative discrétion des prétoires », déclare-t-il pendant la campagne.
Le scrutation vire au fiasco pour lui. Au soir du vote, incapable de chiffrer ses propres voix, il dénonce une « catastrophe électorale sans précédent », accuse le ministère de l’Intérieur et la CNOCER d’avoir faussé le jeu et annonce une saisine de la Cour constitutionnelle. L’épisode ne lui rapporte aucun mandat. Il installe en revanche une réputation de contestataire, prêt à porter le fer sur le terrain du droit électoral.
La robe et la cause
Reste une question qui le convient désormais. En devenant le visage médiatique d’un dossier également chargé politiquement, l’avocat d’affaires prend le risque de voir sa robe confondue avec un engagement partisan. Il s’en défend, se présentant en technicien du droit plutôt qu’en militant. Quand certains rapprochent le cas Bilie-By-Nze des affaires Sarkozy ou Le Pen, il refuse la comparaison : en France, rappelle-t-il, les enquêtes ont duré des années et ont respecté le contradictoire. Sous-entendu, pas ici.
Pour l’heure, l’instruction se poursuit et aucune date de procès n’a été fixée.






