Au lendemain du retour à Libreville de la délégation gabonaise conduite par le président Brice Oligui Nguema, les réactions se multiplient sur les résultats de la visite d’État effectuée en France. Invité de Radio France Internationale (RFI), Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur, a livré son analyse des accords annoncés, notamment le protocole d’entente signé avec le groupe minier français Eramet sur la transformation locale du manganèse.
La délégation gabonaise est notamment rentrée avec un accord de financement pour le chemin de fer ainsi qu’un engagement avec Eramet visant, à terme, à développer la transformation locale du manganèse.
Pour l’opposant gabonais, ces annonces doivent toutefois être examinées au regard des bénéfices concrets attendus pour le pays : « Pour le soutien du pouvoir, tout l’apparat, tout le protocole, toutes les modalités, c’est bien. Qu’est-ce que ça rapporte au Gabon ? », a-t-il déclaré sur RFI.
Eramet : le calendrier de transformation du manganèse contesté
Le protocole conclu avec Eramet prévoit une évolution progressive du modèle d’exploitation du manganèse au Gabon, avec un objectif de transformation locale.
Michel Ongoundou Loundah revient sur l’échéance annoncée par les autorités gabonaises concernant la fin de l’exportation du manganèse brut : « Les autorités gabonaises parlaient du 2029 et ramènent, pour gagner du temps, à proposer un report à 2031. Mais même là, ce n’est pas réalisable », estime-t-il.
Selon lui, la réussite de cette transformation industrielle dépend avant tout de la capacité du Gabon à disposer d’une énergie suffisante et compétitive : « Il faut que le Gabon assure la fourniture d’une énergie en quantité suffisante et bon marché. On va dire ça comme ça », explique-t-il.
L’ancien sénateur souligne les difficultés actuelles du pays dans le secteur énergétique : « Le Gabon a déjà du mal à fournir de l’énergie aux ménages, aux foyers. Au moment où je vous parle, je n’ai pas d’électricité chez moi depuis quelques heures », témoigne-t-il.
Pour lui, le déficit accumulé dans ce domaine ne pourra pas être résorbé rapidement : « En trois ou quatre ans, on ne va pas rattraper le retard qu’on a accumulé depuis plusieurs décennies sur le plan de l’énergie. Ce n’est pas possible », affirme Michel Ongoundou Loundah.
Une visite diplomatique aux résultats discutés
L’opposant a également commenté la dimension diplomatique de la visite présidentielle à Paris. Selon lui, l’importance accordée au protocole ne doit pas masquer l’évaluation des résultats économiques obtenus : « La France sait qu’elle ne peut pas accéder au désir des Gabonais. Eh bien, il faut organiser une visite d’État pompeuse, fastueuse au chef de l’État gabonais. C’est la diplomatie qui fait passer la pilule », déclare-t-il.
Michel Ongoundou Loundah a aussi critiqué la taille de la délégation ayant accompagné le chef de l’État : « Vous n’imaginez pas la délégation pléthorique qu’il y a eu. On ne sait pas combien d’argent ils ont laissé dans les hôtels et dans les magasins parisiens, mais c’est du temps et de l’argent perdu », affirme-t-il.
Ces déclarations interviennent alors que le gouvernement présente la visite d’État en France comme une étape importante dans le renforcement du partenariat entre Libreville et Paris, ainsi que dans la mobilisation d’investissements pour accompagner la transformation économique du pays.
Le débat porte désormais sur la concrétisation des engagements annoncés, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et de l’industrialisation du manganèse.






