Avant même d’aborder le fond des dossiers, le président congolais avait marqué un temps de recueillement au Mémorial Léon Mba, déposant une gerbe devant la stèle du premier président gabonais — un geste de mémoire avant celui de la diplomatie.
Sécurité régionale et corridor économique au menu du tête-à-tête
Le format restreint des premiers échanges a permis aux deux présidents d’aborder sans détour les dossiers sensibles de la sous-région : la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo, le rôle qui peut jouer la société civile dans la résolution du conflit, et la lutte contre les groupes armés qui continuent de déstabiliser la zone. Loin de se limiter au registre sécuritaire, la discussion a également portée sur un projet à forte portée économique, le corridor de transport dépendant de la RDC au Gabon et débouchant sur l’océan Atlantique, présenté comme un levier de désenclavement pour les échanges commerciaux entre les deux pays.
L’intégration régionale a occupé une place tout aussi centrale dans les échanges, avec la question, récurrente en Afrique centrale, de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que les chantiers d’interconnexion électrique entre les deux États. Sur le plan multilatéral, les présidents Oligui Nguema et Tshisekedi ont évoqué les réformes en cours au sein de l’Union africaine et la problématique du réchauffement climatique, un sujet qui touche directement les deux pays, tous les deux fleuves du bassin du Congo.
Trois accords pour donner corps au partenariat
Le tête-à-tête présidentiel a cédé la place à une séance élargie aux délégations, avant la signature de trois instruments juridiques qui viennent structurer la relation bilatérale. Le premier institue un mécanisme de consultations politiques et diplomatiques régulières entre Libreville et Kinshasa. La deuxième suppression de l’obligation de visa pour les ressortissants des deux pays, une mesure concrète en faveur de la libre circulation évoquée plus tôt dans la journée. Le troisième pose un cadre général de coopération économique, avec un accent particulier sur la transformation locale des ressources naturelles, un principe cher au président gabonais qui plaide pour que l’Afrique cesse d’exporter ses matières premières à l’état brut.
Deux chefs d’État, une même vision affichée
C’est devant les caméras de la presse présidentielle, à l’issue des travaux, que les deux hommes ont livré le contenu le plus substantiel de leurs échanges. Brice Clotaire Oligui Nguema a ouvert le bal en énumérant les secteurs sur lesquels Libreville entend faire porter l’effort d’investissement croisé entre opérateurs privés des deux pays : « Nous avons convenu d’explorer de nouvelles opportunités de coopération et d’encourager les investissements, ainsi que les échanges entre les secteurs privés de nos deux pays, notamment dans les domaines de l’agriculture, des infrastructures, des transports, de l’énergie, des mines, de la santé, de l’éducation et de la formation professionnelle, et du numérique, et aussi de la culture » , at-il déclaré.
Le président gabonais a ensuite profité de cette tribune commune pour adresser à son hôte deux demandes d’appui diplomatique très concrètes. La première concerne une échéance électorale internationale : « Je sollicite en cette occasion votre bienveillante attention en votre qualité de président du bureau africain des télécommunications, afin d’appuyer la candidature du Gabon au conseil de l’Union internationale des télécommunications lors de l’élection prévue en novembre 2026. » La seconde vise l’organisation d’un rendez-vous continental majeur : « Je voudrais également solliciter le soutien de votre pays dans le cadre de la candidature du Gabon pour abriter le sommet de l’Union africaine en 2027 » , at-il ajouté. Dans la même veine, le chef de l’État gabonais avait plus tôt dans la journée défendue, devant ses hôtes, l’idée que l’Afrique doit désormais « transformer localement ses ressources naturelles sur son sol » , un principe qu’il a fait inscrire dans le troisième des accords signés.
Prenant la parole à son tour, Félix-Antoine Tshisekedi a salué en des termes chaleureux la relation qui unit désormais les deux capitales : « Je me réjouis d’avoir à travers le président Oligui un partenaire à la fois pour la paix et pour le développement. » Le président congolais a insisté sur la convergence de vues qui, selon lui, caractérise ce nouveau tandem régional : « Il a exactement la même vision que moi sur ce qu’il faut faire pour nos pays. » Il a ensuite détaillé la méthode qu’il souhaite voir adoptée par les deux pays : « Donc commencer d’abord à resserrer davantage nos liens, nous appuyer sur ce que nous avons en commun afin de le solidifier, de renforcer et ensuite répondre aux besoins de nos populations » , at-il conclu, associant à cette ambition les projets communs autour de l’exploitation du bassin du Congo et du marché naissant du crédit carbone, un outil que Kinshasa présente comme un moyen de « garantir l’avenir des générations futures » .
Un axe Libreville-Kinshasa à consolider
Au-delà du symbole qui représente cette visite, organisée dans la foulée des célébrations de l’indépendance gabonaise, les observateurs de la sous-région y voient la confirmation d’un rapprochement engagé depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema. Entre un pays richement doté en hydrocarbures et en forêt tropicale et un géant minier confronté à une insécurité à l’Est, l’enjeu commun persistant reste le même : transformer un voisinage naturel, patrimoine de la géographie et de la forêt du bassin du Congo, en partenariat économique et diplomatique tangible.
La suite du séjour présidentiel devait mener Félix-Antoine Tshisekedi loin des ors du palais, vers la zone économique de Nkok, où le Gabon transforme désormais localement son bois plutôt que de l’exporter en grumes — vitrine concrète du principe que Brice Clotaire Oligui Nguema n’a cessé de marteler à son hôte. Entre la gerbe déposée devant la stèle de Léon Mba et la visite d’une usine qui débite le bois du pays plutôt que de le laisser partir brut vers d’autres rives, cette visite d’État aura tenu, en quarante-huit heures, la mémoire d’un côté et l’avenir de l’autre. Reste à savoir si les trois accords signés au bord de l’Atlantique sauront, dans les mois qui viennent, transformer ces mots de circonstance en circulation réelle d’hommes, de biens et d’investissements entre Libreville et Kinshasa.







