Le gouvernement est intervenu dans la crise interne qui fragilise l’une des plus anciennes communautés protestantes du pays. Par une décision numéro 00134/MISD datée du 14 août 2026, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Adrien Nguema Mba, dont le cabinet est installé au siège du ministère, au 119, rue Jean-Baptiste Ndendé, à Libreville, a suspendu « à titre conservatoire le directoire actuel de l’Église évangélique du Gabon » . Signature à Libreville le 15 août, la mesure a été rendue publique le soir même sur le plateau de Gabon 1ère, au journal télévisé de 20h, par Jean-Éric Nziengui Mangala, porte-parole et conseiller en communication du ministre de l’Intérieur, qui a lu l’intégralité du communiqué à l’antenne.
Un synode sous très haute tension
Convoqué pour la fin et le renouvellement du mandat du bureau directeur, le synode national ordinaire de l’EEG s’est ouvert début août à Baraka-Mission, à Libreville, après un premier rapport sine die fin juillet. Deux prétendants restaient en poux après plusieurs désistements : le révérend Jean-Daniel Allogo Essimengane et le révérend Moïse Ovono Menie. C’est la région synodale du Ntem qui était désignée pour assurer la présidence de l’institution, en remplacement de la région du Woleu-Ntem, dont le mandat de quatre ans s’achevait sous la présidence sortante du révérend Louis-Sylvain Allogo Engo.
Le examen, marqué selon Gabonreview par « des débats nourris, des résistances et de longues tractations » , a fini par tourner à la confusion la plus totale. Le 10 août, le révérend Jean-Daniel Allogo Essimengane a été installé au Temple national de Baraka Mission. Mais deux jours plus tard, le 12 août, son rival, le révérend Moïse Ovono Menie, à son tour revendiqué son investiture, dans le cadre d’une cérémonie concurrente. L’Église s’est ainsi retrouvée, l’espace de quelques jours, avec deux présidents autoproclamés — une situation de bicéphalisme que plusieurs confrères ont aussitôt pointée comme un risque de schisme, sur fond de soupçons de manœuvres et d’interrogations sur la régularité de la procédure, notamment sur l’étendue des pouvoirs du vice-modérateur en l’absence du modérateur titulaire.
Une saisine en annulation
C’est dans ce climat que le révérend Isaïe Zue Moto et le révérend Moïse Ovono Menie, tous deux candidats à la présidence de l’EEG et membres du conseil national de la région synodale du Ntem, ont introduit une saisine en annulation de la nomination du révérend Jean-Daniel Allogo Essimengane.
Sur le plateau de Gabon 1ère, Jean-Éric Nziengui Mangala a été sans ambiguïté sur les motifs de la mesure, lisant : « en considération du rapport des services de la direction de la sécurité publique des forces de police nationale, lors de l’élection de ce bureau directeur, rapport qui fait état de risques avérés de troubles à l’ordre public, eu égard aux tourbillon qui ont émaillé ce processus électoral lors du synode national ordinaire de fin et de renouvellement de mandat de l’Église évangélique du Gabon » . Le porte-parole a poursuivi : « vu la saisine en annulation de la nomination du révérend [Jean-Daniel Allogo Essimengane], saisine introduite par les révérends [Isaïe Zue Moto et Moïse Ovono Menie], candidats à la présidence de l’Église évangélique du Gabon, membres du conseil national de la région synodale du [Ntem] » .
Craintes de débordements et suspension immédiate
C’est cette conjonction — contestation judiciaire et risques sécuritaires — qui a motivé l’intervention du ministre de l’Intérieur. Le communiqué évoque très précisément une situation « faisant craindre des débordements, des atteintes aux biens, à l’intégrité physique des personnes, ainsi qu’une perturbation plausible de la tranquillité publique » . Face à ce risque, « le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, garant de l’ordre et des libertés publiques, suspend donc à titre conservatoire les activités du directoire actuel de l’Église évangélique du Gabon » .
Le communiqué est tout aussi explicite sur la portée de la mesure : « en conséquence, il est interdit à tout membre du directoire actuel d’organisateur ou de participer à toute activité de direction ou de gestion de l’Église évangélique du Gabon » .
Une administration collégiale pour trois mois
Pour éviter une vacance à la tête de l’institution, le communiqué prévoit qu’ « une administration provisoire et collégiale doit être mise en place par les sages de l’Église évangélique du Gabon et sera chargée de conduire les affaires courantes nécessaires au bon fonctionnement de leurs activités » . Il précise en outre que « cette administration provisoire sera également chargée d’organiser les consultations nécessaires à la constitution d’un nouveau bureau dans un délai n’excédant pas trois mois » .
Le ministre a conclu son communiqué par un appel à l’apaisement, dont le porte-parole a donné lecture au 20h : « le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation en appelle à la sérénité de l’ensemble des parties afin de restaurer la sérénité au sein de l’Église évangélique du Gabon et préserver la quiétude de nombreux fidèles du corps du Christ » . Jean-Éric Nziengui Mangala a clôturé sa lecture par la formule consacrée : « fait à Libreville le 15 août 2026, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Adrien Nguema Mba. Je vous remercie. »
Une église fragilisée, une transition à conduire
Cette mise sous tutelle provisoire illustre l’ampleur des divisions internes qui traversent l’EEG depuis le synode national de début août. En optant pour une suspension conservatoire plutôt que pour le statu quo, le ministère de l’Intérieur entend désamorcer rapidement une crise devenue publique après la double investiture des 10 et 12 août à Baraka-Mission. La réussite de cette période transitoire reposera désormais sur la capacité des sages de l’Église évangélique du Gabon à composer une administration provisoire consensuelle, en mesure d’organiser dans les meilleurs délais des consultations reconnues par l’ensemble des parties. Le sort du révérend Jean-Daniel Allogo Essimengane, dont la nomination reste juridiquement contestée, ainsi que la composition de cette administration collégiale, seront désormais scrutés de près par les fidèles de l’Église évangélique du Gabon.







