Par Hervais Omva, expert en développement agricole et promoteur de solutions de souveraineté alimentaire
« La structuration d’une véritable filière thonière nationale, créatrice d’emplois, de valeur ajoutée et de souveraineté, constitue désormais un objectif stratégique prioritaire. » Cette déclaration du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en juin 2025, dans le cadre de l’accord de pêche entre le Gabon et l’Union européenne, fixe une ambition claire : faire de la mer un véritable levier de souveraineté nationale.
Malgré nos 800 kilomètres de façade maritime parmi les plus poissonneuses de l’Atlantique, le poisson est aujourd’hui devenu un produit de luxe pour les ménages gabonais. Voir la protéine de base de notre alimentation quotidienne glisser hors de portée du panier de la ménagère est une anomalie révoltante que le Gabon de la Ve République ne peut plus tolérer.
Pendant des décennies, nous avons abandonné 95 % de notre pêche artisanale maritime à des exploitants étrangers et bradé nos ressources industrielles à travers des accords asymétriques. Le constat est sans appel : le Gabon s’est fait piller ses eaux, subtiliser sa valeur ajoutée et dicter les prix de sa propre consommation par ceux qui exploitent illicitement nos richesses.
L’heure n’est plus aux demi-mesures ni à la diplomatie de salon. L’urgence est d’engager une véritable guerre de reconquête économique pour que le poisson redevienne un aliment abondant et accessible à tous.
La rupture historique de notre accord de pêche avec l’Union européenne et le déploiement du programme national Gab-Pêche, sous l’impulsion forte du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ne doivent pas être de simples réformes administratives. Ils marquent l’avènement d’une ère de souveraineté nationale concrète pour arracher, centimètre par centimètre, la gestion de nos eaux des mains étrangères afin de la confier aux Gabonais.
Réseaux sociaux : la complicité active avec les lobbies étrangers
Cependant, ce sursaut patriotique ne pourra réussir si nous laissons une certaine classe de compatriotes saboter l’effort de reconstruction nationale depuis leurs claviers. Il est temps d’interpeller avec la plus grande fermeté cette génération de Gabonais qui orchestre des cabales numériques quotidiennes contre les cadres émérites de notre administration et les patriotes engagés sur le terrain.
Ne nous y trompons pas : ces campagnes de dénigrement ne sont pas fortuites. Elles sont, selon moi, savamment entretenues et financées par les lobbies étrangers qui paniquent à l’idée de perdre leur monopole historique sur nos ressources maritimes.
Ces professionnels de la calomnie préfèrent s’éterniser sur le terrain boueux de la politique politicienne et des querelles de personnes. C’est précisément cette vieille politique stérile qui, par le passé, a privé le Gabon d’hôpitaux modernes, d’écoles dignes de ce nom et d’infrastructures routières viables. C’est elle qui a nourri le chômage de notre jeunesse et installé notre dépendance chronique aux importations alimentaires.
L’objectif de cette cabale virtuelle est limpide : maintenir le Gabon dans un état de soumission et de dépendance pour que nos richesses continuent de profiter exclusivement aux non-Gabonais. À ces saboteurs de l’ombre, je dis : votre jeu est découvert, et le temps de l’impunité économique et numérique est désormais révolu.
Le rôle central des femmes mareyeuses gabonaises
Dans cette guerre pour la souveraineté alimentaire, notre stratégie nationale doit s’appuyer sur un pilier historique et incontournable : les femmes mareyeuses gabonaises.
Ce sont elles qui, chaque jour, font vivre nos marchés face à une concurrence étrangère déloyale qui leur imposait des prix prohibitifs en amont, transformant la ressource locale en denrée de luxe. La reconquête de la filière pêche est d’abord la leur.
L’État et les opérateurs privés doivent leur donner les moyens de leur émancipation économique. Cela passe par un accès prioritaire et sécurisé aux débarquements de poissons frais, l’octroi de microcrédits pour l’achat de congélateurs industriels et leur intégration directe dans la gouvernance des nouvelles coopératives.
Libérer la mareyeuse gabonaise du chantage des grossistes expatriés, c’est briser la spirale de la vie chère et stabiliser durablement le prix du panier de la ménagère.
Le défi de la reconquête sur le terrain
Cette réappropriation globale exige de briser le mythe selon lequel les Gabonais ne seraient pas faits pour les métiers de la mer. Notre jeunesse a du talent, de l’énergie et une soif de bâtir.
J’appelle solennellement nos jeunes compatriotes à se lever pour devenir la nouvelle armée de l’économie bleue : des capitaines de pêche, des mécaniciens navals, des gestionnaires de coopératives et des industriels de la transformation.
Pour que ce sursaut national réussisse, l’État et le secteur privé doivent s’aligner sur trois priorités de rupture.
La gabonisation immédiate des licences et des équipages. L’accès à nos ressources, notamment dans des zones stratégiques comme le corridor du Komo, doit être un privilège strictement réservé aux entreprises et artisans nationaux.
Le financement patriotique et l’équipement lourd. Il faut remplacer les pirogues précaires par des flottes modernes et interconnectées, et imposer la construction d’usines de transformation sur le sol gabonais afin que plus aucun poisson ne quitte le pays sous forme brute. Ces ambitions doivent s’accompagner de procédures strictes de mise en œuvre et de suivi-évaluation.
Une surveillance militaire et technologique implacable. Il faut traquer sans relâche la pêche illicite, non déclarée et non réglementée qui détruit nos écosystèmes, en faisant de nos pêcheurs nationaux les premiers gardiens de notre souveraineté maritime.
Comme l’a également affirmé le président Brice Clotaire Oligui Nguema en mars 2025 à Ndonguila : « L’objectif est d’industrialiser et de nationaliser le secteur halieutique afin d’offrir à ces jeunes des opportunités sûres et durables. »
La transformation locale, usine à emplois et fin de la vie chère
L’arme absolue de notre émancipation économique réside dans la mise en place d’une véritable chaîne de transformation locale.
Arrêtons d’exporter nos matières premières brutes pour racheter ensuite des produits finis à prix d’or. En implantant des usines de filetage, de mise en conserve, de surgélation et des unités de valorisation des déchets halieutiques sur notre sol, nous allons déclencher un véritable big-bang industriel.
Ce secteur n’est pas une simple activité de subsistance. C’est une industrie capable de créer des milliers d’emplois directs et indirects pour notre jeunesse.
La souveraineté ne se quémande pas, elle s’arrache par le travail et l’audace industrielle.
Aujourd’hui, sous la direction résolue du président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon s’est engagé dans la construction de sa Ve République. Grâce à la transformation locale et à une gestion rigoureusement patriotique, le poisson gabonais ne sera plus un luxe, mais un droit alimentaire accessible à chaque citoyen.
Il est temps de fermer définitivement la parenthèse de la spoliation étrangère, de balayer les complots numériques des valets de lobbies et de réaffirmer, avec force et fierté, que la mer gabonaise nourrit d’abord les Gabonais.
Comme l’a souligné le président de la République en juin 2025 à propos de l’accord avec l’Union européenne : « Les recettes issues de l’accord sont loin de refléter la valeur réelle des captures… Elles ne comprennent ni les coûts supportés par l’État… ni les pertes liées à l’absence de transformation locale. »
À propos de l’auteur
Hervais Omva est un agripreneur gabonais, coordonnateur des programmes de l’ONG IDRC Africa (Initiative Développement Recherches Conseils en Afrique). Acteur de la société civile et expert des questions de souveraineté alimentaire et de développement rural, il milite pour l’autonomisation économique des nationaux, l’émergence d’une jeunesse entrepreneuriale et la valorisation industrielle des ressources locales à travers l’économie verte et bleue.







