Dix ans après la nuit du 31 août 2016, toujours ni bilan reconnu, ni enquête, ni procès. Pour le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, ce silence tient d’abord à un malaise partagé : « Au niveau de la classe politique ou de l’opinion, on n’a pas envie de les accabler. Il peut être plus compliqué, pour notre pays, de vouloir à tout prix rouvrir ce dossier pour le moment. »
Retour sur ces journées d’août 2016. Le député dit avoir été pris de court : « L’excès de violence m’est tombé dessus, parce que j’ai été moi-même le premier surpris. »
Une brutalité qui, rétrospectivement, ne lui paraît pas fortuite : « J’ai quand même le sentiment que c’était quelque chose qui était préparé. Au fond, Ali Bongo et son entourage avaient préparé un passage en force, anticipé une réaction de l’opinion, et donc aussi anticipé une répression. »
À l’en croire, son camp allait aux urnes en redoutant la fraude, pas le sang : « On se disait qu’on allait aux élections, qu’il allait peut-être essayer de tricher. Il fallait donc être sûr, pour l’emporter, d’avoir une marge importante. C’était le cas : on était dans des marges de l’ordre de plus de 70 % pour Jean Ping et de moins de 30 % pour Ali Bongo. Il n’y avait pas d’autre solution qu’un passage en force violent, et c’est ce qui s’est passé. »
Il concède aujourd’hui une part d’aveuglement : « Ça, personnellement, je l’avoue avec une part de naïveté, je ne l’avais pas anticipé à l’époque. »
Interrogé sur les responsabilités, il répond sans détour : « C’est Ali Bongo d’abord. »
Reste à comprendre pourquoi, dix ans plus tard, le sujet demeure tabou : « Personne ne veut en parler. Ce n’est pas simple, dans un pays, qu’un dirigeant décide de donner la mort à ses concitoyens. Que ce soit le dirigeant ou ceux qui, autour de lui, ont participé à mettre cela en œuvre, ils ont honte d’eux-mêmes. »
Sur ce qui pourrait être entrepris, il se montre prudent et lie le dossier au rôle des forces de sécurité : « Ça va être difficile. On ne peut pas détacher ce qui s’est passé en 2016 d’une enquête ou d’un procès des forces de défense et de sécurité. Elles n’ont pas protégé les populations. »
Il établit alors un distinguo avec le rôle des mêmes forces en 2023 : « En 2023, les forces de défense et de sécurité ont fait ce qu’elles ont dû faire. En 2016, elles n’ont pas envie qu’on en parle, mais c’est assez normal, et ce n’est peut-être pas ça le plus grave. »
Depuis 2023, et sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, élu en avril 2025, le pouvoir a entrouvert la porte à une prise en charge des blessés, sans aller jusqu’à une enquête. Aucune procédure judiciaire n’a établi de responsabilités à ce jour. Pour le député, la vérité attendra d’autres mains : « Il faudra l’ouvrir pour en tirer les leçons, et ça, il n’y a que les historiens qui pourront le faire. »
Dix ans après la nuit du 31 août, le dossier des violences de 2016 attend toujours d’être instruit. Les propos rapportés ici ont été recueillis par RFI et n’engagent que leur auteur.







