Lors de son discours sur l’état de la Nation, le 15 juin dernier, Brice Clotaire Oligui Nguema a vivement mis en cause l’échec du Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIAEPAL). Un choix qui ne doit rien au hasard, tant les pénuries d’eau rythment, jour après jour, le quotidien des Gabonais — mais qui doit aussi beaucoup au fait que ce programme avait été lancé en grande pompe par celui qui est aujourd’hui le chef de file de l’opposition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, alors ministre de l’Énergie, désormais incarcéré dans le cadre d’une procédure pour soupçons d’escroquerie.
Au Gabon, une vieille croyance veut que lorsqu’on éternue, c’est que quelqu’un, quelque part, est en train de vous critiquer. À environ 7 kilomètres du Palais Léon-Mba, dans une cellule spartiate de la prison centrale de Libreville où il est incarcéré depuis bientôt deux mois — à l’isolement, sans télévision ni radio, quelques romans triés pour seule distraction — l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a-t-il éternué plus d’une fois pendant que le président Oligui Nguema, devant les deux chambres du Parlement réunies, le gouvernement et le corps diplomatique, pointait du doigt l’échec du PIAEPAL, sans jamais le nommer ?
Sans langue de bois, le chef de l’État a dénoncé les délestages électriques à répétition qui plongent régulièrement le pays dans le noir. Le secteur de l’eau a aussi concentré l’essentiel de ses critiques — visant de facto le programme piloté par son adversaire politique lorsque celui-ci était à la tête du ministère de l’Énergie. Un bilan technique, en somme, mais dont la cible politique semblait difficile à ignorer.
Le verdict du locataire du Palais du Bord de mer est sans concession à l’égard du PIAEPAL, porté par Bilie-By-Nze — dont la rigueur et la célérité avaient pourtant été saluées dans chacun des ministères qu’il avait dirigés. Revenant sur les sommes engagées depuis plusieurs années pour améliorer l’accès à l’eau potable dans le Grand Libreville, le chef de l’État n’a pas mâché ses mots : « Ce qui nous arrive aujourd’hui, disons-le avec vérité et franchise, c’est l’échec du projet lancé depuis 2021. »
Le constat tranche nettement avec les communications officielles qui avaient accompagné le lancement du projet. À l’époque, le PIAEPAL était présenté comme la réponse structurelle aux difficultés chroniques d’approvisionnement en eau de la capitale, certains rapports évoquant même un taux d’exécution supérieur à 85 % et une mise en service imminente des infrastructures majeures.
Plusieurs années plus tard, le constat est tout autre : les pénuries persistent dans de nombreux quartiers du Grand Libreville, contraignant les autorités actuelles à engager de nouveaux financements pour achever — ou renforcer — un dispositif resté largement à l’état de promesse.
Reste une question que peu osent poser tout haut à Libreville : ce réquisitoire, aussi fondé soit-il sur des données techniques, vise-t-il avant tout à établir un diagnostic sans concession sur l’état des infrastructures ? Ou sert-il aussi, plus discrètement, à enfoncer un peu plus un adversaire politique déjà privé de sa liberté ? Le silence du chef de l’État sur le nom de Bilie-By-Nze, alors que tout, dans son discours, semblait y mener, n’aura trompé personne.







