Une parole présidentielle sans contradicteur
Sous l’empire de la précédente Constitution d’août, le schéma était clair. Le Premier ministre, chef du gouvernement, était tenu dans les 45 jours suivant sa nomination de présenter son programme de politique générale devant les deux chambres du Parlement. Un exercice exigeant, parfois inconfortable, mais politiquement fondateur : les députés et sénateurs pouvaient interroger, interpeller, contester. Le gouvernement devait convaincre. Le Parlement existait comme contre-pouvoir vivant.
Ce temps est révolu. La Constitution de la 5ème République a purement et simplement supprimé le poste de Premier ministre, fusionnant les fonctions de Chef de l’État et de Chef du Gouvernement en la seule personne du Président de la République. Avec cette concentration des pouvoirs disparaît également l’obligation de se soumettre au feu des questions parlementaires. Ce que l’ancienne loi fondamentale imposait comme un dialogue — certes inégal, mais réel — se réduit désormais à un monologue constitutionnellement consacré.
Une lecture, puis des applaudissements ?
Le 15 juin, Brice Clotaire Oligui Nguema montera à la tribune devant les deux chambres, livrera sa déclaration sur l’état de la Nation, et repartira. Pas de questions, pas de répliques, pas de joutes. La Constitution ne le contraint à rien de plus. Mieux, il ne viendra pas affronter une assemblée hostile ou seulement curieuse, mais une enceinte acquise d’avance. Les deux chambres du Parlement sont en effet ultramement dominées par le parti présidentiel, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), flanqué d’alliés qui effacent toute velléité d’opposition. Parmi eux, l’ancien parti présidentiel, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), reconverti en soutien indéfectible du nouveau pouvoir, le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM), l’Union Nationale et d’autres formations satellites qui ont choisi l’alignement plutôt que le débat. Dans cet hémicycle aux couleurs soigneusement assorties, la déclaration présidentielle a peu de chances de se heurter à autre chose qu’à une ovation. Ce que l’ancienne Constitution imposait comme un exercice de redevabilité face à un Parlement potentiellement contradicteur se transforme ainsi en cérémonie convenue, dont l’issue ne fait de suspense pour personne.
Un Parlement actif, mais bridé au sommet
C’est là toute la tension qui traverse les institutions de la 5ème République. D’un côté, une Assemblée nationale qui s’efforce d’incarner le contrôle démocratique. La première séance de questions orales de la 14ème législature, tenue ce 2 juin au Palais Léon MBA, en est l’illustration : une vingtaine d’élus ont interpellé les membres du gouvernement sur des sujets aussi variés que la drogue en milieu scolaire, l’interdiction d’importation du poulet de chair, la situation de La Poste S.A ou encore les difficultés d’accès aux documents d’identité. Un contrôle parlementaire réel, mais qui s’arrête précisément là où commence le sommet de l’exécutif.
De l’autre, un Chef de l’État constitutionnellement soustrait à cet exercice, qui viendra s’exprimer devant le Parlement sans avoir à en subir le regard critique.
Pour ses détracteurs, le 15 juin ne fera que confirmer une réalité déjà inscrite dans le marbre de la Constitution : sous la 5ème République, le Parlement écoute, enregistre, applaudit peut-être — mais ne répond pas.







