En juillet dernier, le porte-parole de la présidence de la République, Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe, tient une conférence de presse. Dans la salle de presse pleine comme un œuf, devant la presse nationale et internationale, il égrène les projets phares du gouvernement, parmi lesquels le déploiement du projet stratégique des Fermes Avicoles Nationales Intégrées, un projet qui s’inscrit au cœur du Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole (POUFA), cher au président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, dont l’ambition ultime est l’arrêt total des importations de poulet de chair au Gabon d’ici janvier 2027. Sauf qu’à quelques mois de l’échéance, le porte-parole de la présidence pourrait avaler des couleuvres, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
Les Zones agricoles à forte productivité (ZAP) devaient fonctionner en circuit fermé. L’État sécurisait le foncier, faisait abattre et vendre le bois des parcelles, et le produit de cette vente devait servir à ouvrir les pistes, poser l’irrigation et viabiliser les sols. Les terres, une fois prêtes, revenaient aux exploitants.
Six ans plus tard, ces terres attendent encore. « On a vendu le bois, on n’a jamais aménagé le foncier », résume une source au fait du dossier, entendue par Le Confidentiel. Le bois a quitté les sites, l’aménagement n’a pas suivi. Restent des parcelles en friche et des chantiers laissés à l’arrêt.
Sur le terrain, les exploitants patientent toujours. Des agripreneurs, des coopératives et des groupements d’intérêt économique attendraient encore les parcelles qu’on leur avait promises, alors que le bois de leurs sites est déjà parti.
« Comment se fait-il qu’on reprenne les mêmes entreprises qui ont vendu le bois des ZAP, et qu’on les retrouve dans l’aménagement des FANI ? », interroge notre interlocuteur. C’est précisément à ce stade que le dossier des ZAP rejoint celui des FANI. Car certaines entreprises qui auraient participé à l’exploitation ou à la commercialisation du bois des premières zones se retrouveraient aujourd’hui impliquées dans des opérations d’aménagement de nouvelles fermes avicoles nationales.
La même source décrit une concentration difficile à justifier. Une seule société se retrouverait avec quelque 500 hectares d’aménagement à travers le pays, d’Oyem à Port-Gentil, en passant par Lambaréné, Bifoun-Abanga et Ayémé-Plaine. « Un seul individu, une seule société. Sur quelle base ? »
Ces marchés auraient été conclus de gré à gré, sans appel à la concurrence. « Même en entente directe, on aurait pu retenir quatre ou cinq sociétés. Là, on n’en a sélectionné aucune », glisse-t-elle. La signature l’étonne tout autant. Ces conventions passent d’ordinaire par la Direction générale du développement rural (DGDR).
Une demande revient, sans écho : l’audit des ZAP. « On demande l’audit des ZAP, on ne veut pas nous le faire », rapporte la source. À ce jour, aucun bilan public n’existe sur ce qui a été réellement aménagé, ni sur l’emploi des recettes du bois.
Dans le cas des ZAP, un audit indépendant permettrait précisément de sortir des témoignages, des soupçons et des interrogations pour établir les faits : état initial des parcelles, volumes de bois exploités, recettes encaissées, dépenses engagées, entreprises retenues, travaux effectivement réalisés et nombre réel de bénéficiaires installés.
Le dossier resurgit alors que la Cour des comptes vient d’évaluer à près de 1 700 milliards de FCFA les débets et amendes à récupérer auprès de justiciables, tous secteurs confondus. Le montant ne concerne pas l’agriculture en particulier, mais il rappelle la rigueur désormais attendue sur l’argent public.
Les cinq ZAP ont été créées en octobre 2020, à l’issue du Conseil des ministres du 13 octobre, et implantées dans l’Estuaire, le Moyen-Ogooué et la Ngounié, l’Agence de développement agricole du Gabon étant chargée de distribuer les parcelles. Les travaux de lancement officiel n’ont, eux, débuté qu’en août 2022. Les FANI, plus récentes, figurent parmi les projets phares de la souveraineté alimentaire, avec des sites annoncés à Bifoun, Ayémé-Plaine, Port-Gentil et Oyem.
Six ans après la création des ZAP, la question demeure : où sont les terres promises aux agriculteurs ?







