Premier ministre de janvier à août 2023 sous Ali Bongo, il avait été écarté par le coup d’État d’août 2023, qui a mis fin à plus de cinquante ans de pouvoir de la famille Bongo. Un an plus tard, il affrontait dans les urnes Brice Oligui Nguema lors de la première présidentielle de la transition, recueillant un score modeste de 3,02 % des voix, avant de poursuivre son engagement politique jusqu’à proposer des réformes du code électoral au nouveau chef de l’État.
Le motif de sa détention interroge par sa modestie même : une créance civile de 5 millions de francs CFA, soit environ 9 000 dollars, liée à l’organisation d’un festival culturel national en 2008. Dix-huit ans se sont écoulés depuis les faits. Sa défense, menée par Me Thierry Nguia, soutient que la prescription serait acquise depuis 2011, ce qui aurait dû clore le dossier avant même son ouverture. Elle dénonce en outre une accumulation d’irrégularités procédurales rarement vue dans une affaire de ce type : l’absence d’audition sur le fond malgré une demande formulée dès le 11 mai, en violation de l’article 96 du code de procédure pénale ; une chambre d’accusation qui se serait déclarée incompétente pour statuer sur la prescription, contredisant l’article 155 du même code ; et un dossier que le juge d’instruction lui-même ne détiendrait plus, ni en original ni en copie.
Ce sont ces éléments, plus que la personnalité de l’accusé, qui devraient alarmer au delà des frontières gabonaises. Cinq mois de détention préventive pour un litige civil ancien et probablement prescrit posent une question qui dépasse le seul cas Bilié-By-Nze : celle de la place que la nouvelle République entend réserver à ses opposants, un an à peine après une élection présentée comme fondatrice pour la démocratie retrouvée du pays.
Le soutien dont bénéficie l’ancien Premier ministre dépasse d’ailleurs les clivages politiques habituels. Des responsables aussi divers que Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ou Paul-Marie Iloko, le Mouvement pour un Gabon Nouveau, ou encore l’entourage de l’ancienne première dame Sylvia Bongo, ont publiquement réclamé sa libération. Ses propres avocats parlent désormais de « prisonnier politique » et évoquent une tentative de le rendre inéligible aux prochains scrutins, une accusation grave dans un pays qui cherche encore à convaincre de la sincérité de sa transition démocratique.
Il serait malhonnête de ne pas mentionner la position des autorités judiciaires, qui réfutent tout acharnement politique et rappellent que la chambre d’accusation a examiné, à chaque fois, les recours de la défense avant de les rejeter. Pour ses soutiens, cette fermeté illustrerait une justice qui ne recule plus devant les anciens puissants. L’argument mérite d’être pesé. Il peine toutefois à justifier qu’un contentieux aussi modeste dans son montant ait nécessité cinq mois d’incarcération sans jugement sur le fond.
Un an après avoir promis de tourner la page des pratiques de l’ancien régime, le Gabon de la transition a l’occasion de démontrer, par un geste simple, que cette promesse n’était pas qu’un slogan de campagne.







