Interrogé sur un possible rétablissement de la peine de mort pour les auteurs de crimes rituels, le chef de l’État gabonais a refusé de trancher seul un débat qui, selon lui, dépasse largement ce sujet précis et engage la société gabonaise dans son ensemble. Il a qualifié ces pratiques d’« abomination » et estimé que chaque enfant enlevé représentait un échec collectif. Pour lui, le vrai problème n’est pas tant la nature de la sanction que la certitude qu’elle soit appliquée : trop de dossiers, selon ses propres mots, dormiraient dans les tiroirs des tribunaux, laissant filer des coupables. Il a promis de concentrer son énergie sur la lutte contre cette impunité, avec l’objectif affiché qu’aucun responsable de tels actes ne puisse plus espérer s’en sortir indemne.
Logement et pouvoir d’achat : des mesures ciblées
Sur le front social, le président a annoncé avoir chargé le gouvernement de réguler le marché immobilier à Libreville, où la spéculation serait devenue insoutenable. Un programme de logements sociaux est en cours, notamment dans les quartiers d’Angondjé et de Bikélé Nzong, avec une baisse du prix des terrains qui permettrait désormais à un Gabonais d’acquérir un titre foncier pour 2,5 millions de francs CFA — une somme jusque-là hors de portée. Concernant le coût de la vie, plusieurs mesures immédiates ont été prises : plafonnement des prix, exonérations fiscales et contrôles renforcés de la mercuriale. Mais le chef de l’État reconnaît une fragilité structurelle : le Gabon important 80 % de ce qu’il consomme, toute crise extérieure — comme celle du détroit d’Ormuz — se répercute directement sur les coûts de fret et d’importation. L’objectif fixé est de réduire de moitié la dépendance alimentaire du pays d’ici 2030.
FMI : “pas un ogre”, mais quatre lignes rouges
Le gouvernement a renoué les discussions avec le Fonds monétaire international après une période d’hésitation. Oligui Nguema écarte toute idée de plan d’austérité brutal et affirme avoir posé quatre conditions non négociables : la protection des projets prioritaires, la sauvegarde des ménages les plus vulnérables, la suppression des dépenses jugées improductives et une gestion responsable de la dette. Il présente le FMI comme un partenaire technique aidant à restaurer la crédibilité financière du pays après, selon lui, quatorze années de gestion calamiteuse sous le régime précédent. Comme preuve de ce regain de confiance, il cite la baisse du spread des obligations gabonaises, passé de 854 à 771 points de base depuis l’annonce du programme.
Washington, Paris, Pékin : une diplomatie “sans exclusivité”
Reçu à la Maison-Blanche en juillet 2025 aux côtés de quatre autres chefs d’État africains, le président gabonais dit avoir eu un échange franc avec Donald Trump sur les minerais critiques, la sécurité dans le golfe de Guinée et les opportunités d’investissement américaines. Il se dit à l’aise avec la diplomatie transactionnelle du président américain, pourvu qu’elle reste « gagnant-gagnant », et revendique des résultats concrets : l’installation d’un data center par la société Sebastian, une phase d’exploration offshore d’ExxonMobil dans la zone de Mayumba, ou encore la montée en puissance des investissements de Vaalco.
Vis-à-vis de la France, dont le président Emmanuel Macron lui a rendu visite au retour du G20, Oligui Nguema revendique la fin de ce qu’il appelle le paternalisme hérité de la Françafrique. Il pose trois principes : des partenariats économiques bénéficiant aussi à l’emploi gabonais, des discussions sur la sécurité menées d’égal à égal, et une diplomatie souveraine permettant de dialoguer sans exclusivité avec Washington, Pékin, Ankara ou Riyad. Plus largement, il appelle les partenaires traditionnels du Gabon à accepter la fin des contrats léonins et des clauses d’exclusivité.
L’obsession de la mémoire face au risque d’hubris
Interrogé sur la manière de se prémunir contre le syndrome d’hubris qui menace les hommes de pouvoir, le président a livré l’une des formules les plus marquantes de l’entretien : « La meilleure garantie contre l’hubris, c’est la mémoire. » Il affirme rester proche du peuple réel — celui qui fait la queue au marché et subit les coupures d’électricité —, lire les critiques les plus dures sur les réseaux sociaux et s’entourer de personnes qui lui disent la vérité plutôt que ce qu’il souhaiterait entendre. Il dit ne jamais oublier la date du 30 août, ni le caractère temporaire du pouvoir face au jugement définitif de l’Histoire.
À la question de savoir de quoi les Gabonais ont le plus besoin, sa réponse tient en un mot : la dignité. Électricité continue, eau potable, écoles qui fonctionnent, hôpitaux qui soignent, salaires versés à temps — autant d’éléments qu’il associe directement à cette exigence, qu’il présente comme son obligation, jusqu’à ce qu’elle soit restaurée « dans chaque province, dans chaque village ».







