« Aucun problème » entre eux ?
Devant les caméras de France 24, Oligui Nguema avait choisi un ton apaisé. « Je n’ai pas de différend avec Ali Bongo Ondimba. On n’a pas de problème », avait-il déclaré, rappelant qu’il lui avait accordé un passeport diplomatique et qu’il l’avait invité à la cérémonie inaugurant le Palais des Congrès à la Cité de la Démocratie, portant le nom de son père, en mai dernier.
La réponse d’Ali Bongo est sans équivoque. « Monsieur Oligui affirme n’avoir aucun problème avec moi. C’est faux, et il le sait. On n’a pas “aucun problème” avec un homme dont on nie publiquement la torture infligée à l’épouse et au fils, tout en refusant la seule chose qu’un innocent réclamerait : une enquête indépendante. »
Sur les accusations de torture
Oligui Nguema avait balayé les accusations portées contre lui dans une procédure judiciaire en France. « J’ai vu tout ce qui a été dit, tout ce qui a été monté comme vidéo, mais je n’ai vu aucune preuve de torture. Quelqu’un qui a fait un coup d’État sans effusion de sang ne va pas se mettre à torturer les gens », avait-il affirmé, ajoutant attendre des preuves concrètes.
Ali Bongo lui répond directement sur ce point. « Il dit vouloir des preuves ? Qu’il lance une enquête indépendante, nous les remettrons. Elles existent, elles sont documentées et ont déjà été remises aux autorités françaises et aux instances des Nations Unies. »
Qui gouvernait vraiment le Gabon ?
C’est sans doute le passage le plus politique de l’interview. Voulant distinguer Ali Bongo de son entourage, Oligui Nguema avait déclaré : « Les cinq dernières années du Gabon, ce n’est pas lui qui les a gérées. Il était sous AVC. Ce n’est pas lui qui prenait les décisions. On sait qui tenait la machine. Sa femme et son fils. »
Ali Bongo retourne l’argument. « Qui l’a nommé ? Qui l’a placé à la tête de la Garde républicaine ? Qui réunissait, seul, les commandants en chef dont il faisait partie ? Si je n’étais rien, alors ses fonctions, ses galons et toute son ascension n’étaient rien non plus. Il ne peut pas, dans la même phrase, me déclarer absent et se déclarer légitime. Qu’il choisisse son mensonge. »
La foi invoquée, puis contestée
Pour conclure sur son attachement à la Constitution et aux règles démocratiques, Oligui Nguema avait choisi une formule personnelle : « Je suis un démocrate. Je respecte les lois parce que je crains Dieu. »
Ali Bongo clôt le communiqué sur ces mots : « Il dit craindre Dieu. Mais même là, il ment. Ce n’est pas un homme qui craint Dieu. C’est un homme qui craint la vérité. »
Deux hommes, deux versions d’une même histoire. La justice française, saisie de plaintes, et les instances onusiennes, destinataires selon Ali Bongo des preuves documentées, auront le dernier mot. La visite d’État d’Oligui Nguema à Paris, prévue le 20 juillet, se profile désormais dans un contexte autrement plus chargé.







