C’est dans ce décor que s’est tenue, le 4 juin 2026, une séquence stratégique organisée dans le cadre de la Semaine de l’Environnement du groupe Eramet, déployée simultanément sur l’ensemble de ses sites mondiaux. Au cœur de l’initiative, la Fondation Lékédi Biodiversité a réuni une centaine d’acteurs institutionnels, scientifiques et communautaires autour d’une interrogation structurante : comment faire de la biodiversité un moteur réel de croissance au Gabon, au-delà des discours d’intention ?
Derrière l’intitulé, « Biodiversité, levier de croissance au Gabon », se dessine une ambition plus large : arrimer la stratégie RSE du groupe minier, « Act for Positive Mining », aux réalités des territoires d’exploitation, là où les promesses environnementales se confrontent aux contraintes industrielles.
Quand la mine se pense comme écosystème régénératif
Pour un acteur minier de la taille d’Eramet Comilog, l’équation est devenue centrale : maintenir une trajectoire de production tout en intégrant des standards environnementaux de plus en plus exigeants, dans un contexte de pression accrue sur les ressources naturelles.
Au centre des échanges, la question des financements verts a cristallisé les attentes. Zita Kassa Wilks, représentante du Fonds CAFI-Gabon, a détaillé les mécanismes mobilisables pour transformer le capital naturel en levier de développement territorial, dans une logique où la biodiversité cesse d’être une variable d’ajustement pour devenir un actif structurant des politiques publiques et industrielles.
Dans le prolongement, une table ronde réunissant des experts de la conservation et de la réhabilitation minière a mis en perspective les conditions d’une reconversion écologique des sites exploités. Stéphen Mouba (The Nature Conservancy), Éric Wuillaume (Fondation Lékédi Biodiversité) et Omer Ndzangou (Comilog) ont défendu une approche intégrée de la restauration des écosystèmes, où la réhabilitation ne se limite plus à la remise en état des sols, mais engage une recomposition fonctionnelle des territoires.
La logique affichée est claire : transformer la contrainte environnementale en matrice de valeur locale : « À travers la Fondation Lékédi Biodiversité, nous voulons démontrer qu’il est possible de concilier activité économique, préservation de la biodiversité, transmission des connaissances et développement des territoires », a rappelé Virginie de Chassey, directrice du développement durable et de l’engagement d’Eramet et présidente du conseil d’administration de la fondation.
Faune, santé et territoires : l’angle mort de la durabilité minière
Au-delà des enjeux de restauration écologique, les discussions ont mis en lumière une dimension souvent marginalisée dans les politiques RSE industrielles : la santé des écosystèmes vivants et ses interactions directes avec les populations humaines. Les travaux présentés conjointement par le Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement et le Centre International de Recherches Médicales de Franceville ont souligné les liens étroits entre gestion de la faune sauvage, émergence des zoonoses et santé publique dans les zones forestières d’Afrique centrale.
Une problématique qui repositionne la biodiversité non plus comme un enjeu périphérique, mais comme un facteur de stabilité sanitaire et sociale, directement connecté aux conditions de développement des territoires.
Former les générations futures à l’économie de la biodiversité
Dans une approche plus ancrée dans le temps long, l’événement a également misé sur l’éducation environnementale comme levier de transformation structurelle.
Le village écosystémique immersif, porté par quarante élèves du programme Gabon Green Generation avec l’appui du WWF Gabon, a proposé une lecture pédagogique des grands écosystèmes gabonais. Savane, forêt, milieux aquatiques et mangroves ont été reconstitués comme autant d’univers interdépendants, destinés à sensibiliser aux fragilités du vivant.
Cette dimension éducative s’inscrit dans une stratégie plus large de territorialisation de la RSE, où la sensibilisation des jeunes générations devient un instrument d’ancrage social durable des projets industriels.
Pour Aubin Janvier Mabeka, président du Conseil départemental de la Lékoko, cette dynamique dépasse le seul cadre environnemental : « Protéger la biodiversité, c’est protéger nos capacités à nous développer sans hypothéquer l’avenir. C’est faire de la nature un actif économique et non une contrainte. »
Bakoumba, vitrine d’un modèle en construction
Au-delà des discours, Bakoumba apparaît progressivement comme un laboratoire de cohabitation entre activité minière, conservation de la biodiversité et développement local. En structurant des circuits courts d’approvisionnement agricole et en injectant des ressources dans l’économie locale, la Fondation Lékédi Biodiversité cherche à matérialiser une promesse souvent théorique dans les stratégies RSE : celle d’un partage réel de la valeur.
Créée en 2021, la structure s’impose désormais comme un acteur structurant du territoire. Elle investit autant le champ de la conservation que celui de l’écotourisme, de la recherche scientifique, de l’éducation environnementale et de l’entrepreneuriat local.
Reste une question centrale, en filigrane de cette montée en puissance : cette articulation entre industrie extractive et biodiversité constitue-t-elle un véritable changement de paradigme, ou la construction d’un modèle encore fragile, dépendant de la continuité des engagements industriels ?







