À quelques pas des dorures parisiennes où se joue la séquence diplomatique gabonaise, une autre voix s’est invitée dans le décor. Celle des conseils d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. Interrogé hier sur RFI, Maître Thierry Nguia a réclamé la libération de son client, ancien chef du gouvernement, chef de file de l’opposition et arrivé deuxième de la présidentielle d’avril 2025, aujourd’hui incarcéré dans l’attente d’un éventuel procès pour des faits présumés d’escroquerie.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Pendant que le vainqueur d’avril 2025 foule les tapis rouges de la République, son adversaire malheureux attend un procès depuis sa cellule. La défense, elle, espère que le dossier s’invitera dans les conversations parisiennes. Un pari sur l’embarras, à défaut d’un pari sur le droit.
Sur RFI, Maître Nguia ouvre par un rappel diplomatique. «Je pense que la France est un ami traditionnel, un partenaire traditionnel du Gabon», concède-t-il. «Simplement», enchaîne l’avocat, la France, «membre du Conseil de sécurité des Nations unies, est aussi tenue de jeter un regard sur l’état des droits individuels et des libertés publiques un peu dans le monde, et singulièrement aussi auprès de ses amis». L’amitié entre les deux pays, en somme, ne dispenserait pas Paris de s’intéresser au sort d’un détenu.
C’est «au regard de cette situation», poursuit-il, que la défense «sollicite effectivement, aussi bien de la France que du Gabon, les deux autorités, qu’elles puissent œuvrer à ce que les droits de notre client soient respectés, et que sa libération soit effective». Une requête formulée au nom d’une équation que l’avocat juge intenable : «plus de 90 jours de détention dans ces conditions, de façon arbitraire pour une situation juridique qui n’existe pas, c’est bien trop». La défense, qui dénonce par ailleurs un dossier judiciaire «vide», réclame une libération pure et simple.
Reste que ces qualifications sont celles de la seule défense. À ce stade, le parquet n’a pas rendu public le détail des faits reprochés, et aucune audience sur le fond n’a été programmée. L’homme demeure présumé innocent. Mais l’accusation, elle, estime manifestement disposer de quoi le maintenir à l’écart.
Interpeller Paris depuis Paris relève d’un calcul limpide. En internationalisant le contentieux, les avocats de Bilie-By-Nze cherchent à transformer une affaire judiciaire interne en question diplomatique. La méthode a ses limites. Paris répète à l’envi ne pas commenter les procédures en cours d’un État souverain, et Libreville veille jalousement sur ce qui relève, dit-elle, de sa seule justice.







