Huit jours après le communiqué de la Conférence épiscopale, la mission de La Peyrie a diffusé sa réponse, datée du 17 juillet. Là où Mgr Jean Vincent Ondo Eyene et les évêques du Gabon informaient les fidèles de « l’excommunication de la communauté Saint-Pie X par le pape Léon XIV pour cause de schisme », le Père Longuelet oppose un démenti méthodique : « il n’est donc pas possible, à ce jour, de parler d’excommunication de la Fraternité, ni d’affirmer que la validité des mariages et des confessions n’est plus reconnue par l’Église, et encore moins d’affirmer que les fidèles seraient des schismatiques ».
L’argument est procédural. La Fraternité a déposé le 13 juillet un recours préliminaire contre le décret auprès du Dicastère pour la Doctrine de la foi, « conformément aux canons 1734 et suivants du Code de Droit Canonique ». Et selon la mission, « ce recours suspend l’exécution du décret et de toutes les peines qui y sont contenues conformément au canon 1353 ». Autrement dit, tant que Rome n’a pas statué, les sanctions seraient gelées, et avec elles la qualification de schisme.
Le communiqué glisse un argument plus insidieux. Le décret du 2 juillet « a été signé par le cardinal Fernandez, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi », relève la mission, qui ajoute : « L’approbation du pape Léon XIV n’est mentionnée nulle part ». Une manière de suggérer que la sanction n’engagerait pas personnellement le souverain pontife. Le même pape avait pourtant supplié la Fraternité, quelques jours avant les sacres d’Écône, de renoncer à son projet.
Sur le fond, la ligne n’a pas bougé depuis 1988. « Nous avons toujours, d’ailleurs, affirmé et prouvé que les accusations de schisme et d’excommunication à notre égard sont sans fondement », écrit le Père Longuelet. Les consécrations du 2 juillet n’auraient « pas été faites dans un esprit de schisme ni de rébellion, mais pour assurer la pérennité de la Tradition de l’Église Catholique, gravement compromise par les nouveautés liturgiques, doctrinales, morales et pastorales du dernier Concile et de la période postconciliaire ». Le recours est présenté comme une « occasion pour Rome » de le constater.
La situation des catholiques de Libreville devient singulièrement inconfortable. Leurs évêques leur recommandent « la prudence et la retenue » envers la Fraternité et les avertissent que ses sacrements ne sont plus reconnus. La mission de La Peyrie leur assure au contraire que rien n’est exécutoire et que mariages et confessions y demeurent valides. Deux autorités religieuses, deux lectures du droit canonique, et des fidèles renvoyés à leur conscience en attendant la décision de Rome.
Une précision s’impose : l’effet suspensif du recours relève de l’interprétation de la Fraternité, que le Saint-Siège n’a ni confirmée ni commentée à ce stade. Le décret du 2 juillet qualifiait par ailleurs l’excommunication de « latae sententiae », c’est-à-dire encourue automatiquement par les faits eux-mêmes. La portée réelle d’un tel recours fait donc débat parmi les canonistes.
Le Dicastère pour la Doctrine de la foi se retrouve saisi d’un recours contre son propre décret. À Libreville, la mission confie la procédure « à la Très Sainte Vierge Marie, Médiatrice de toute grâce », et invite les fidèles à prier « pour notre sainte Mère l’Église ». Entre la cathédrale et La Peyrie, chacun campe sur ses positions. Rome tranchera.







