Le Gabon est un pays jeune, presque malgré lui : 54 % des Gabonais ont moins de 25 ans, pour un chômage des 15-24 ans qui atteint 34,5 % selon le Rapport national sur le développement humain (RNDH) 2026, soit le double du taux national (17,4 %). Le dispositif public censé y parvenir n’y réussit guère : le Pôle national de promotion de l’emploi n’a placé que 669 candidats sur les 20 980 jeunes inscrits en 2023. C’est dans cette impasse que le chef de l’État s’est rédigé à la jeunesse, avec deux annonces destinées à répondre, chacune à sa manière, à ce défi.
Premier engagement, le plus consensuel : mettre sur le tourisme et l’hôtellerie pour absorber une partie du chômage des jeunes. Le secteur, encore marginal dans l’économie gabonaise puisqu’il pèse moins de 4 % du PIB, affiche pourtant une dynamique réelle, avec un chiffre d’affaires hôtelier en hausse de 17 % en 2024, à 27,4 milliards de FCFA, pour plus de 300 établissements recensés dans le pays. C’est sur cette dynamique que le président a choisi de s’appuyer, en lançant un appel direct aux professionnels du secteur : « J’appelle donc nos entrepreneurs, nos établissements de formation, les acteurs du secteur hôtelier à se mobiliser. Formons nos enfants au métier de l’hôtellerie, de la restauration, de l’accueil et du service. Donnons-leur les compétences et la discipline nécessaires pour devenir les premiers ambassadeurs de l’excellence gabonaise » , a déclaré le président.
Pour donner corps à cette promesse, il a cité un chantier déjà livré : « [Nous avons] poursuivi et achevé la construction de l’Université Polyvalente du Cap Estérias, qui réservera une partie de ses programmes à la formation aux métiers de ce secteur » , at-il précisé. Reste à savoir si cette filière, longtemps jugée peu valorisante par une partie de la jeunesse gabonaise, pourra réellement absorber une fraction significative des dizaines de milliers de jeunes qui, chaque année, arrivent sur un marché du travail déjà saturé.
Deuxième engagement, plus âpre : la confirmation de la fin programmée des bourses d’État vers la France, dans la continuité d’une politique déjà amorcée par son gouvernement. Selon les derniers chiffres de Campus France, 5 762 étudiants gabonais étaient recensés dans l’Hexagone au titre de l’année 2024-2025, un effectif en hausse de 7 % en cinq ans, malgré le tarissement progressif des financements publics.
« Nous ne devons pas subir cette évolution. Nous devons y répondre par une stratégie qui est de consolider nos établissements, rechercher les meilleures formations et regarder avec confiance vers les universités d’excellence de notre continent » , a affirmé le président, avant d’ajouter, dans une phrase que la presse locale a immédiatement retenue :
« L’Afrique ne doit pas être un choix par défaut. Elle est un espace de savoirs, d’innovations et d’avenir. Notre jeunesse doit saisir les opportunités qu’elle offre et y développer les compétences dont le Gabon a besoin. L’avenir de nos enfants ne s’écrit pas seulement au-delà des océans, il s’écrit aussi ici, chez nous et sur notre continent, par des formations plus adaptées à nos réalités. »
Cette promesse de réorientation, justifiée par le coût croissant des études en France et par le constat que trop peu de boursiers reviennent servir le pays, s’inscrit dans la continuité de la suppression déjà engagée des bourses vers la France, les États-Unis et le Canada. Elle laisse cependant sur le bord du chemin les étudiants gabonais déjà installés dans l’Hexagone, pris en étau entre le durcissement des conditions d’accueil côté français et la réduction des financements côté gabonais.







