Le parti pose d’abord une évidence que le temps a brouillée. Le Code de 2016 ne fut pas offert par le pouvoir à une presse passive. « Le Code de 2016 ne fut pas une réforme imposée aux professionnels de la communication. Il fut largement construit avec eux. » EPG remonte le fil, la revendication portée dès 2013 pour en finir avec la prison en matière de presse, la commission de rédaction installée en avril 2014 avec le Conseil national de la communication, l’Observatoire gabonais des médias et les syndicats reconnus, puis les États généraux de décembre 2014. « Avant d’être une loi, le Code de la communication fut une aspiration de la profession », écrit la formation. Mais une aspiration, ajoute-t-elle aussitôt, ne devient un droit qu’au moment décisif, celui « où les intentions doivent devenir la loi ». Ce moment, en 2016, avait un responsable politique. Le 27 juin, le ministre de la Communication d’alors montait devant les députés pour défendre le projet. Ce ministre était Bilie-By-Nze.
C’est là que le communiqué prend toute sa cohérence, en donnant la parole à l’homme qu’il défend. Pour éclairer la philosophie qu’il portait, EPG rouvre ses archives. En décembre 2016, recevant les syndicats de la Communication, de la Culture et des Arts, l’ancien ministre écrivait : « L’État gabonais a besoin de médias publics de qualité et pluralistes pour informer les citoyens. » En février 2017, devant les éditeurs, il rappelait leur rôle « dans le fonctionnement de notre démocratie ». Le parti tient ces mots pour intacts, et l’on comprend bien pourquoi il les exhume, ils dessinent le portrait d’un homme qui faisait de la liberté de la presse autre chose qu’une posture, à l’heure où ce même homme se trouve derrière les barreaux.
Le communiqué ramasse ensuite sa conviction dans une phrase qu’il place au-dessus de tout, au-dessus des articles et des institutions. « La liberté d’informer n’est pas une faveur accordée par le pouvoir aux journalistes. C’est un droit. » EPG ne fait pas pour autant du journaliste un intouchable, il reconnaît les devoirs, refuse à la presse le droit de diffamer ou de manipuler. Mais il trace la limite qui donne au texte son tranchant : « la responsabilité ne doit jamais devenir le prétexte commode de la répression. »
Cette réserve éclaire tout ce qui suit. La formation rappelle la promesse de rupture des autorités issues du 30 août 2023, une rupture qui, pour la presse, aurait dû élargir les libertés au lieu de les rogner. Puis elle aligne les faits, sans emphase, la convocation du directeur de publication de Gabon Media Time en juin 2025, qui avait conduit l’Organisation patronale des médias du Gabon à rappeler la dépénalisation des délits de presse ; l’interpellation de Roland Olouba Oyabi par le B2 en janvier 2026 ; la convocation, en juillet, du directeur de publication et du rédacteur en chef de Dépêches 241 par la Direction générale des recherches ; et, en ce mois d’août, celle de Désiré Ename, directeur de publication d’Échos du Nord, à la Direction de la sûreté urbaine de Libreville. Chaque dossier garde ses circonstances propres, concède le parti, mais leur accumulation dessine une direction que résume un verdict : « La rupture ne peut pas être un recul. »
Le régulateur n’échappe pas à l’examen. EPG admet qu’une démocratie a besoin de la Haute Autorité de la communication, à condition que son indépendance soit incontestable. Or, estime la formation, la réforme de 2023 a alourdi le poids du pouvoir dans la désignation de ses membres, là où l’ancien système laissait leur place aux professionnels. De là cette série de refus qui structure le passage : « Réguler n’est pas censurer. Réguler n’est pas intimider. » Et cette définition, adressée droit à ceux qui gouvernent : « Réguler, c’est faire respecter la loi par tous. Y compris par le pouvoir. »
Le parti n’oublie pas le terrain que le Code de 2016 n’avait fait qu’entrouvrir. Il rappelle avoir porté en justice la suspension des réseaux sociaux décidée par la HAC le 17 février 2026, au nom de la sécurité nationale et de la cohésion sociale, et pose la question dans la langue de notre temps : « Le numérique n’est plus un monde parallèle. C’est désormais une place publique. » On n’y ferme pas, laisse entendre EPG, un espace d’expression citoyenne par la seule vertu d’une décision administrative.
Mais le communiqué ne se contente pas d’accuser le pouvoir. Il retourne le miroir vers la profession, vers ses silences choisis, vers ceux qui ne s’émeuvent que lorsque l’inquiété partage leur ligne. Le parti leur oppose un principe : « La liberté de la presse est indivisible. » Et cet avertissement qui, à Libreville, résonne dans plus d’une rédaction : « Le journaliste qui applaudit aujourd’hui lorsqu’un confrère critique est réduit au silence doit se demander qui parlera demain lorsque ce sera son tour. »
Reste le paradoxe qui donne au texte sa gravité, et qui justifie à lui seul que la formation ait pris la plume. L’homme qui, il y a dix ans, élargissait l’espace des libertés en est aujourd’hui privé. En défendant l’héritage de son président, EPG défend un absent. Le communiqué se referme d’ailleurs sur deux phrases qui débordent le cas de leur auteur : « Un Code ne protège personne par sa seule existence », et « Une liberté ne survit que si des femmes et des hommes acceptent de l’exercer et de la défendre. »
En signant ce texte le jour anniversaire du Code, Ensemble pour le Gabon accomplit un double geste, l’hommage à un chef empêché et la mise en cause d’une période. On pourra y voir un plaidoyer partisan, et le parti ne s’en défend pas. Il reste que la dernière question qu’il pose échappe à celui qui la formule pour s’adresser à toute une corporation : « sommes-nous encore prêts, collectivement, à défendre ce que nous avions conquis ? »







