Essayez de prononcer d’un trait « Germain Biahodjow ». Pas gagné, sans vous écorcher la langue. Et pourtant, bon gré mal gré, il vous faudra y faire : en quelques mois, ce nom s’est installé dans le paysage. L’homme n’est pas le porte-parole du gouvernement, mais il en est devenu l’une des voix les plus audibles. Petite taille, un timbre que beaucoup, à Libreville, disent taillé dans le même bois que celui de Léon Mba, il occupe la scène comme d’autres occupent un ring. Ministre de la Communication et des Médias depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, en remplacement de Paul-Marie Gondjout, ce fils de l’Ogooué-Ivindo n’a, au sens propre comme au figuré, pas sa langue dans sa poche.
Sur le front de l’affaire Lanlaire
Prenez l’affaire Lanlaire. Le 8 août 2026, l’activiste Anges Landry Mbeng, alias « Lanlaire », temporairement installé en France, a mis en ligne une vidéo aux accusations aussi crues qu’invérifiables contre le chef de l’État. Le 9, le site Info241 en tire un article. Le 10, la Haute autorité de la communication suspend le média « jusqu’à nouvel ordre » . Le 12, Biahodjow monte au créneau. Devant la presse, il invite « les autorités judiciaires compétentes à examiner les faits » , brandit « l’article 158 et suivants du Code pénal » et prévient, sans trembler : « L’impunité sur les réseaux sociaux doit cesser. » Le tout en assurant le président de son soutien et de celui du gouvernement. « Il n’est pas le porte-parole du gouvernement » , sourit, mi-figue mi-raisin, un vieux routier de la politique locale.
Face à Sylvia Bongo, la menace contre France 24
Ce n’est pas un coup d’essai. Quelques mois plus tôt, il avait déjà dégainé la même arme. Le 6 mars 2026, l’ancienne première dame Sylvia Bongo Ondimba accorde à France 24, dans l’émission « Tête à Tête », un entretien où elle dit avoir été torturée, comme son fils Noureddin Bongo Valentin, durant la détention qui a suivi le 30 août 2023. À Libreville, la déflagration est immédiate. Deux jours plus tard, le dimanche 8 mars, Biahodjow convoque la presse.
Le ton est d’emblée offensif. Il récuse des « allégations diffamatoires » , fustige « des contre-vérités et des récits déformés » colportés, selon lui, par certains médias occidentaux, et jure que l’ancienne première dame et son fils ont été traités « dans le respect des règles de droit » . Puis tombe la menace, nette : le gouvernement se réserve le droit de suspendre France 24 sur le territoire national, « à titre conservatoire » . Pour appuyer, il ressort le dossier Ali Bongo Ondimba, rendu à la liberté et visité sans entrave par des institutions internationales. Et il glisse, l’air de rien, l’annonce d’un forum citoyen sur les réseaux sociaux et d’un possible rendez-vous avec TikTok.
Sur le front des médias publics
Il faut dire que le personnage aime le terrain. Remontons à janvier 2026, à la première grande vague sociale de l’ère Oligui Nguema. Née dans les salles de classe, la colère fait vaciller la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, avant de gagner les hôpitaux, puis les médias d’État. Depuis le 22 janvier, Gabon 1ère, Radio Gabon et Télédiffusion du Gabon tournent au ralenti : le Syndicat des professionnels de la communication (SYPROCOM) a déclenché une grève illimitée pour réclamer le statut particulier du communicateur et l’aboutissement des réformes de l’audiovisuel.
Bouillant, bruyant, parfois brouillon, Biahodjow s’invite dans la bataille. Le 24 janvier, il s’installe sur le plateau d’une chaîne pourtant en grève et jure « se battre très dur » pour une sortie de crise. La méthode tient en trois gestes : occuper le terrain, parler fort, promettre vite. Le 25 janvier, après trois jours de bras de fer, le mouvement est suspendu, la base acceptant de « respecter la parole du ministre » . Trois jours plus tard, le 28, le chef de l’État le reçoit pour verrouiller le dossier du statut des communicateurs.
Passage forcée à La Poste
Même partition à La Poste. En Conseil des ministres du 26 février 2026, un nouveau directoire est nommé pour sauver l’entreprise publique exsangue. Mais l’équipe sortante s’accroche et fait traîner la passion. Des semaines durant, La Poste vit au ralenti, « prise en otage » selon les syndicats : salaires impayés, réaffectations à la sauvette, gouvernance verrouillée. Le 20 mai, le point de presse du Synaposte vire à l’empoignade lorsque des vigiles surgissent, chiens en laisse, dans la salle. Biahodjow intervient, augmente le ton, exige que toute la lumière soit faite.
Il presse alors l’ancienne équipe de céder la place et somme la direction sortante de s’en tenir aux affaires courantes. Le 26 mai 2026, le nouveau directoire, présidé par Alfred Ikaka Bobe, prend enfin ses fonctions, sous les yeux du ministre venu présider la cérémonie.
Quatre séquences, un même homme. Là où d’autres temporisent, Germain Biahodjow tranche, micro en main et caméra allumée. Il n’est pas militaire, mais il en a tout l’air : le verbe qui claque, la discipline affichée, la manière de foncer droit devant. Ses partisans y voient de l’autorité et un ministre qui empoigne les dossiers à bras-le-corps ; ses détracteurs, le goût du passage en force.







