Il y avait, dans le protocole, plus qu’une courtoisie d’État. Honneurs militaires, défilé de la Garde républicaine et, surtout, remise de la flamme au visiteur : en accueillant le général de division Horta Inta-A Na Man, mardi 18 août à Libreville, Brice Clotaire Oligui Nguema a soigné la mise en scène d’une fraternité entre régimes nés de la rupture. La présidence gabonaise a assumé la lecture, évoquant « la reconnaissance du modèle gabonais de transition » et l’accompagnement du Gabon au processus bissau-guinéen engagé depuis 2025.
Le parallèle n’a rien de fortuit. Arrivé au pouvoir par le coup d’État d’août 2023 avant de se faire élire à la présidentielle d’avril 2025, le chef de l’État gabonais se pose désormais en référence pour les transitions du continent. En face, un homologue au parcours plus récent et nettement plus contesté : investi « président de la transition » le 27 novembre 2025, au lendemain du putsch qui a renversé Umaro Sissoco Embaló et suspendu le double scrutin du 23 novembre, Horta N’Tam dirige un Haut Commandement militaire dont la prise de pouvoir avait d’abord été condamnée par la CEDEAO et l’Union africaine.
Au cours d’une séance de travail élargie aux délégations, le président gabonais a réaffirmé la disponibilité de Libreville à partager une expérience « fondée sur la méthode, la discipline républicaine et le respect du chronogramme », selon la présidence. Il a salué les avancées bissau-guinéennes et encouragé son hôte à aller jusqu’à des élections « libres, transparentes et apaisées », présentées comme la clé pour restaurer la crédibilité internationale du pays et attirer les investisseurs.
Devant la délégation de Bissau, le chef de l’État gabonais a fait du rendez-vous électoral une cause continentale. « Le 6 décembre, c’est l’organisation des élections présidentielles. C’est une très bonne chose pour nous, une bonne chose pour l’Afrique, parce que nous voulons une Afrique en paix, une Afrique qui se construit. Et si les élections peuvent amener la paix, je ne peux que vous encourager à organiser ces élections », a-t-il déclaré.
Pour appuyer la démonstration, un rappel du processus conduit par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) a été présenté aux visiteurs par l’ancien porte-parole de l’instance. « Je voudrais tout aussi brièvement rappeler les principes qui ont gouverné la transition gabonaise et contribué à sa réussite. Ils sont au nombre de trois : la concertation, l’inclusivité, enfin la méthode et le respect des normes et des engagements », a exposé Ulrich Manfoumbi Manfoumbi.
Le calendrier que Libreville appelle de ses vœux demeure pourtant disputé à Bissau. Les autorités de transition ont fixé au 6 décembre 2026 le double scrutin présidentiel et législatif, précédé d’un référendum constitutionnel.
Le visiteur, lui, s’est gardé de toute fausse note. Il a remercié son hôte pour l’invitation à la fête nationale et vanté la convergence entre les deux capitales. « La Guinée-Bissau et le Gabon défendent des principes communs comme l’inspiration liée au maintien de la paix et l’intégration économique et régionale. Je voudrais féliciter le Gabon pour ses progrès économiques et sociaux. Aujourd’hui, ces éléments sont prouvés par les indicateurs du développement humain », a souligné le général Horta Inta-A Na Man.
Au-delà des symboles, les deux délégations ont balisé un terrain de coopération : préservation de la biodiversité, lutte contre le changement climatique, formation professionnelle des jeunes et accords commerciaux à accélérer, sous l’égide de mécanismes de concertation renforcés entre les deux gouvernements. L’essentiel, pour Libreville, se joue toutefois ailleurs. En se posant en tuteur d’une transition ouest-africaine, Oligui Nguema avance ses pièces sur un échiquier plus large, celui d’un Gabon qui ambitionne de devenir un trait d’union entre l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest et l’espace lusophone.







