Chez VAALCO, Hermélia Hayes Mbadinga n’a pas fait ses gammes ailleurs pour débarquer en terrain conquis. Elle y est entrée en 2025 comme Senior Vice-Présidente en charge des Ressources Humaines, avant d’être propulsée Directrice Générale Adjointe aux côtés de Viannet Okouma, l’Administrateur Directeur Général sortant qui pilotait la filiale depuis février 2023. Sa nomination ressemble ainsi moins à une rupture qu’à un passage de témoin naturel, l’aboutissement d’une ascension mène tambour battant en un peu plus d’un an.
Le président-directeur général du groupe, George Maxwell, n’est pas trompé. Dans le communiqué annonçant sa nomination, il salue « sa vaste expérience en leadership, sa connaissance approfondie de l’environnement des affaires gabonaises et sa capacité avérée à bâtir des équipes solides ».
Un quart de siècle forgé entre puits de pétrole et palmeraies
Pour comprendre le personnage, il faut remonter le fil d’une carrière qui a rarement suivi la ligne droite. Tout commence chez Shell, où elle passe dix-sept ans, entre le Gabon et Brunei Darussalam, à occuper des postes techniques puis de direction dans la technologie de production, la gestion des puits et des actifs, le développement de gisements et la planification d’entreprise. C’est là qu’elle apprend le métier, dans les salles de contrôle autant que dans les comités de direction.
Quand Shell cède ses actifs gabonais et qu’Assala Energy prend le relais, elle accompagne la bascule comme Directrice des Ressources Humaines et des Relations extérieures, chargée de tenir la maison RH pendant que tout le reste change. Puis, entre 2020 et 2025, elle prend un virage inattendu vers l’agro-industrie : Directrice des Ressources Humaines, puis Vice-Présidente Ressources Humaines et Affaires Juridiques chez Gabon Plantations, la filiale d’Olam Palm & Rubber Gabon. Un détour par les palmeraies qui, loin d’être une parenthèse, lui vaut d’être distinguée en mars 2024 à la Conférence panafricaine des femmes leaders du Caire, pour sa contribution à l’Agenda 2063 de l’Union africaine, une reconnaissance remise par la ministre égyptienne de la Planification, Hala El Said. En 2026, elle décroche également le prix des Awards de la Femme Gabonaise, catégorie gestion et gouvernance.
Au fil des années, elle est devenue une voix qu’on invite volontiers à parler de la place des femmes dans les industries extractives, un secteur où elles ne pèsent encore qu’environ 20 % des effectifs dans le monde. En mars 2026, c’est elle que le Central Africa Business Energy Forum convie à un webinaire régional consacré au leadership féminin. À chaque sortie publique, un même message en filigrane : les Gabonaises ont toute leur place dans les salles de direction du pétrole.
L’héritière d’un pari gabonais
Sa nomination ne sort pas de nulle part. Elle prolonge une stratégie assumée par VAALCO Gabon, qui aime rappeler qu’elle a franchi un cap inédit dans le secteur pétrolier national : un taux de « gabonisation » de 94 %, qui grimpe à 91 % rien que parmi les postes de direction, et une équipe dirigeante entièrement gabonaise depuis février 2023. L’entreprise dit aussi avoir dispensé plus de 21 000 heures de formation entre 2024 et 2025, tournées vers le leadership, le mentorat technique et l’insertion des jeunes, et accueille onze stagiaires issus du Programme national de promotion de l’emploi.
Ce sont ces gisements-là, humains autant que géologiques, qu’Hermélia Hayes Mbadinga va désormais devoir faire fructifier. Sur le plan opérationnel, il lui faudra maintenir la cadence d’une production qui tourne autour de 16 000 barils par jour, soit près de 42 % du total produit par le groupe VAALCO Energy Inc., coté à New York comme à Londres. Sur le plan symbolique, c’est un modèle entier qu’elle porte désormais sur ses épaules : celui d’une industrie pétrolière gabonaise capable de se diriger elle-même, longtemps après l’époque où les cadres expatriés en tenaient seuls les manettes.







