Il faut d’abord distinguer deux registres. La radiation relève de la discipline du corps : elle sanctionne des manquements professionnels et met un terme à la carrière du magistrat, sans emporter en elle-même la moindre condamnation pénale. Mais elle ne met pas non plus à l’abri des poursuites. Les chagrins qui ont fondé la procédure disciplinaire — soupçons de malversations financières et d’interférences dans le cours de la justice — sont précisément de ceux qui, s’ils ont été établis ultérieurement, peuvent recevoir une qualification pénale.
Des dossiers au potentiel pénal
Ou la matière ne manque pas. Selon la presse, figurent notamment l’affaire d’un homme d’affaires chinois, identifié sous le nom de Wang, victime d’un enlèvement assorti d’une demande de rançon, ainsi qu’un dossier lié à la société COVEC-Gabon. S’y ajoutent l’affaire dite des bons de caisse du ministère de l’Éducation nationale, des vérifications autour d’une plainte visant la Caisse des dépôts et consignations et la gestion de fonds liés à la session criminelle spécialisée de novembre 2025. Autant de faits qui, transposés sur le terrain répressif, pourraient renvoyer à des infractions telles que le détournement de deniers publics, la corruption, le trafic d’influence, la prise illégale d’intérêts, voire la forfaiture, ce crime propre au magistrat qui trahit les devoirs de sa charge.
La fin d’un régime protecteur
Tant qu’il appartient au corps, le magistrat — à plus forte raison un procureur général hors hiérarchie — bénéficie de garanties statutaires et d’un régime procédural particulier, que le langage courant reprend volontiers à une forme d’immunité de fait. La radiation tomberait ce bouclier. Redevenu justiciable ordinaire, Eddy Minang s’exposerait aux poursuites dans les conditions du droit commun, sans la protection que lui conférait naguère sa robe.
Recours et présomption d’innocence
À ce stade, rien n’est joué. La radiation demeure une proposition du conseil de discipline, que le CSM en formation plénière, présidé par le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, doit encore entériner. Eddy Minang dispose de quinze jours pour ancien un recours, susceptible de le conduire devant le Conseil d’État. Son entourage, lui, conteste en bloc les accusations et dénonce une manœuvre politique née dans le sillage du procès Bongo. À ce jour, aucune poursuite pénale n’a été ouverte, et l’ancien procureur général demeure présumé innocent.
La décision du Conseil supérieur de la magistrature dira si la chute disciplinaire d’Eddy Minang se prolonge sur le terrain judiciaire.







