Le football gabonais est-il réellement à la veille d’une sortie de crise ou simplement d’un nouveau rendez-vous électoral ? Darneau Essia Ndong refuse, lui, de croire qu’un scrutin supplémentaire puisse régler les difficultés qui secouent la Fédération gabonaise de football (Fégafoot).
« Une élection de plus ou de trop ne résoudra aucun problème de notre football. » Le constat posé par l’ancien candidat à la présidence de la Fégafoot est sans détour. Pour lui, le débat ne doit plus être enfermé dans la question de savoir qui prendra les commandes de la Fédération.
« Élection ? Pourquoi faire ? À mon sens, une nouvelle élection n’est pas la solution à la crise du football gabonais. Ce que nous voulons et ce que nous attendons, c’est un véritable renouveau du football gabonais. »
Darneau Essia Ndong estime que le Gabon ne peut plus se contenter de reproduire les mêmes mécanismes électoraux : « Nous ne pouvons pas continuer à organiser des élections simplement pour reproduire les mêmes schémas et obtenir les mêmes résultats. Ce serait une élection de plus, voire une élection de trop. »
L’ancien candidat rappelle que la Fédération a déjà connu plusieurs processus électoraux : « Le bureau sortant a déjà participé à plusieurs processus électoraux, notamment en 2014, 2018 et 2022, avec les résultats que nous connaissons tous. Alors, honnêtement, qu’est-ce qu’une nouvelle élection apporterait de fondamental à notre football ? »
Pour lui, le problème est donc ailleurs : « Le problème n’est plus seulement de savoir qui va diriger la Fédération. Le véritable enjeu est de savoir quel football nous voulons pour le Gabon et quelle institution nous voulons construire pour les générations futures. »
« Le “game” était devenu presque sectaire et irrationnel »
Dans son analyse, Darneau Essia Ndong revient sur les tensions qui ont marqué le précédent processus électoral. Il y voit le révélateur d’un mal plus profond : « Vous avez vous-même vu ce qui a failli se passer en avril 2026. Cette situation a surtout confirmé ce que beaucoup d’entre nous savaient déjà. »
Son jugement sur le climat qui prévalait alors est particulièrement sévère : « Le “game” était devenu, pour reprendre cette expression, presque sectaire et irrationnel. Certains étaient prêts à tout pour défendre des intérêts individuels, parfois au détriment de l’intérêt général et surtout de l’avenir de plusieurs générations de footballeurs gabonais. »
L’ancien candidat poursuit : « Nous avons effectivement constaté que le football gabonais était pris en otage. Nous avons également vu que la souveraineté de l’État pouvait être contestée, que des réseaux d’influence et des lobbies étaient à l’œuvre et que certaines solidarités semblaient davantage destinées à préserver des intérêts particuliers qu’à sauver notre sport roi. »
Dans ces conditions, une simple élection ne saurait, selon lui, suffire : « Lorsque les intérêts individuels prennent le dessus sur l’intérêt général, lorsque les institutions sportives deviennent le théâtre de rapports de force permanents, c’est le football lui-même qui finit par payer le prix. Et c’est précisément ce que nous devons éviter. »
« On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé »
La prochaine échéance électorale soulève également, à ses yeux, des interrogations juridiques et statutaires : « Posons plutôt les bonnes questions. Supposons même qu’une élection soit organisée : dans quelles conditions aura-t-elle lieu ? Sous quels statuts ? Ceux de 2013 ou ceux de 2025 ? Avec quelle commission électorale ? Quel collège électoral ? Et sur la base de quel congrès ? »
Une succession ne peut donc pas se faire, selon lui, comme si la crise précédente n’avait jamais existé : « On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé et reprendre simplement le processus là où il s’est arrêté. Une élection ne peut pas être une fin en soi. Elle doit être juridiquement, statutairement et institutionnellement incontestable. »
Il insiste sur les conséquences de la suspension du précédent processus : « Si une élection a été suspendue, cette suspension entraîne nécessairement des conséquences, tant sur le plan juridique que statutaire. La vraie question aujourd’hui est donc de savoir comment nous allons gérer ces conséquences. »
Et de poser une nouvelle fois le problème : « Allons-nous encore essayer de tordre le droit pour parvenir à une solution politique ou électorale qui ne réglerait pas le problème de fond ? Nous devons au contraire avoir le courage de regarder la situation en face et de remettre l’intérêt du football au centre de toutes les décisions. »
« La seule véritable porte de sortie »
Face à cette situation, Darneau Essia Ndong défend une autre voie : celle du dialogue : « Ma position n’a pas changé. Depuis le début, je considère que la seule véritable porte de sortie de cette crise passe nécessairement par un dialogue national sur le football gabonais, à travers des assises du football gabonais. »
Il souhaite que l’ensemble des acteurs puissent participer à cette démarche : « Il faut mettre autour de la table l’ensemble des acteurs concernés, écouter les uns et les autres et permettre au football gabonais de parler d’une seule voix. »
Pour lui, ces assises doivent déboucher sur une solution institutionnelle : « Ce dialogue devra nécessairement déboucher sur les aspirations profondes des acteurs du football gabonais. Et, selon moi, ces aspirations conduisent à une solution claire : la mise en place d’un Comité de normalisation. »
L’objectif est de sortir d’un cycle devenu, selon lui, contre-productif : « En dehors de cette démarche, je ne vois pas aujourd’hui de solution durable. Nous risquons sinon de poursuivre dans un cycle de contestations, de radicalisation et de confrontation entre les différents acteurs du football gabonais. »
Et il prévient : « Personne ne gagnera dans ce scénario. Ni les dirigeants, ni les clubs, ni les joueurs, ni les supporters, et encore moins le Gabon. »
« Il faut sauver notre football »
Derrière cette prise de position, Darneau Essia Ndong assure ne pas défendre uniquement une ambition personnelle : « Ma position est finalement celle du peuple gabonais : il faut sauver notre football. Il faut restaurer cette institution. Il faut lui redonner sa crédibilité, son autorité, sa dignité et surtout sa capacité à servir le football gabonais. »
Il appelle ainsi les acteurs du football à ne pas baisser la garde : « Il ne faut rien lâcher. Nous devons rester mobilisés, vigilants et déterminés à défendre l’intérêt supérieur du football gabonais. »
Avant de conclure par une mise en garde : « Et surtout, surtout et surtout, attention au calme avant la tempête. »
Pour Darneau Essia Ndong, le football gabonais doit désormais sortir des querelles de personnes : « Le football gabonais ne peut plus être considéré comme la propriété de quelques individus ou de quelques réseaux. Il appartient à toute une nation, à ses jeunes, à ses clubs, à ses joueurs, à ses éducateurs, à ses dirigeants et à tous ceux qui continuent de croire que le football peut encore être un formidable outil de cohésion et de fierté nationale. »
Son mot de la fin tient en trois exigences : « Le temps n’est donc plus aux simples arrangements. Il est au sursaut. Il est au dialogue. Il est à la refondation. »







