Quelques jours à peine, la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, présentait les nouveaux ouvrages destinés à accompagner l’enseignement de l’anglais au primaire, parmi lesquels « Super Efficace Anglais ». Un outil pédagogique appelé à accompagner les premiers pas des écoliers gabonais dans la langue de Shakespeare et qui donne une traduction très concrète à une orientation engagée quelques années plus tôt.
La formule des Échos du Nord avait pourtant quelque chose de mordant. « Do you speak Téké ? » renvoyait Ali Bongo à une interrogation plus profonde : pourquoi vouloir rapprocher le Gabon du monde anglophone alors que la connaissance et la transmission des langues nationales demeuraient encore largement en retrait dans le système éducatif ? Derrière la boutade, c’était son virage diplomatique qui était visé, notamment après l’adhésion du Gabon au Commonwealth.
Le temps, lui, a fait son œuvre. Ce qui apparaissait alors comme une inflexion diplomatique commence aujourd’hui à produire des effets dans l’école. À partir de la rentrée 2026-2027, l’anglais est appelé à être enseigné dès la première année du primaire. Le français ne disparaît évidemment pas : il demeure la langue officielle. Mais le Gabon fait désormais le pari de donner à ses enfants une seconde compétence linguistique internationale dès le début de leur parcours scolaire.
Le choix de commencer tôt n’est pas anodin. L’apprentissage d’une langue étrangère peut être facilité lorsqu’il intervient dès l’enfance. Le pari est donc celui d’une génération qui ne découvrira plus nécessairement l’anglais au collège ou au lycée, mais qui pourra grandir avec cette langue dans son environnement scolaire.
Cette réforme ne tombe d’ailleurs pas du ciel. Elle remonte à 2022, dans la foulée de l’adhésion du Gabon au Commonwealth. Le gouvernement avait alors annoncé l’introduction progressive de l’anglais au pré-primaire et au primaire et lancé une phase expérimentale dans le Grand-Libreville. Des enseignants avaient été formés et les premiers dispositifs pédagogiques expérimentés.
Quatre ans plus tard, l’expérimentation change d’échelle. Et c’est là que la vieille une des Échos du Nord prend une nouvelle dimension. « Do you speak Téké ? » était alors une pique contre le choix d’Ali Bongo. Aujourd’hui, le Gabon ne cherche plus seulement à savoir si ses dirigeants parlent anglais : il veut que ses enfants puissent l’apprendre suffisamment tôt pour le maîtriser demain.
Le Commonwealth quitte ainsi progressivement les chancelleries pour entrer dans les cahiers d’écoliers. Une décision de politique étrangère prise hier trouve son prolongement dans une politique éducative qui pourrait produire ses effets pendant plusieurs décennies.
Reste à réussir le passage de l’intention à la pratique. Enseigner l’anglais dès la première année du primaire suppose des enseignants formés, des ouvrages adaptés, des méthodes pédagogiques efficaces et une exposition suffisamment régulière à la langue. La présentation des nouveaux manuels par Camélia Ntoutoume-Leclercq constitue un signal important, mais la réussite de la réforme se mesurera surtout dans les salles de classe.
Car le véritable enjeu n’est pas simplement de faire apprendre quelques mots d’anglais aux écoliers gabonais. Il est de leur donner une compétence qui pourra demain peser dans leurs études, leur accès à l’emploi et leur ouverture sur le monde.







